Las Triadas del Rio de la Plata

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Es un fenómeno casi invisible en la criminalidad argentina. Pero la mafia china actúa de manera segura en el país. Desde 2009, mató por lo menos 21 personas. Extorsiones, homicidios, tráficos… Mi investigación sobre las actividades de los grupos mafiosos chinos en Argentina, publicada en el diario Clarín el 22 de mayo de 2016. A leer por ahí.

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Cet homme a peut-être changé la face de l’économie

Dans les coulisses de Buenos Aires
Il a 84 ans et vous n’avez sans doute jamais entendu son nom. Et pourtant, il se pourrait bien que cet homme ait contribué à changer le monde.

“Dans 30 ans, les historiens nous regarderons comme le point de départ d’un renversement de paradigme. D’un renversement de paradigme dans la science économique. De cela, je n’en ai aucun doute.” Dans son petit bureau du premier étage de la faculté d’économie de l’Université de Buenos Aires (UBA), officiellement baptisé “Aire des projets stratégiques”, Abraham Gak a d’un coup la voix plus ferme. Plus forte. Nous parlons d’une chose sérieuse, de la Révolution. Et la Révolution, c’est une chose avec laquelle on ne plaisante pas.

Abraham Gak. Le cheveux blanc et le pull-over violet, le voilà assis sur son large fauteuil de cuir noir. C’est un vieil homme fatigué, opéré de la hanche en septembre dernier. Honnêtement, du haut de ses 84 ans, il est assez éloigné du charisme et de la fougue du Che Guevara. “Les médecins m’ont dit que j’étais resté deux heures le coeur à l’air libre, vous imaginez ?”, lance-t-il de sa voix redevenue faible et rocailleuse. Les revues universitaires s’empilent sur son bureau tandis qu’un tableau d’art abstrait est la seule chose à venir égayer les larges murs beiges. Dans un coin trône un ordinateur des années 1990. A côté, le Minitel passerait sans problème pour un bijou de modernité technologique. Et pourtant c’est ici que c’est joué un acte capital de l’histoire argentine. Ici que se sont tenus une bonne partie des débats qui révolutionneront ce que l’on appelle encore “la crise de la dette”. Une crise qui a donné lieu en 2001 à la plus grande convulsion politique et économique connue par l’Argentine depuis le retour de la démocratie, en 1983. Mais dans le bureau du professeur Gak, l’odeur des gaz lacrymogènes est remplacée par celle du café -qui se boit avec de l’édulcorant dans des tasses de porcelaine blanche- et les cris des barricades par les échos des rires des étudiants. Pas besoin de lancer des pavés dans le monde des idées.

Car ce sont les idées qui changent le monde. Ou du moins, Abraham y croit comme dur comme fer. Depuis plus de 15 ans, il est le directeur du ‘Plan Phénix’, un des think-thank les plus influents du pays qui réunit le meilleur de ce que compte l’Université de Buenos Aires au niveau économique. Julio Oliveira, Aldo Ferrer ou encore Benjamin Hopenhayn. Autant de noms inconnus du grand public qui font ou ont fait parti du ‘Phénix’ et qui constituent la crème de la crème de l’enseignement public argentin. Un groupe d’économistes hétérodoxes né en 2000, dans les dernières années du règne néo-libéral sur l’Argentine, avec dans leur besace une série de propositions s’opposant frontalement aux politiques conduites depuis les années 1980. Terminées les privatisations en pagaille menées sous les mandats du président Carlos Menem, les économistes de la UBA veulent mettre l’accent sur la négociation de la dette extérieure, l’intervention de l’Etat pour réguler les marchés, les investissements publics dans les secteurs scientifiques de pointe et dans les politiques sociales. Le but est de restaurer l’autorité de l’Etat mise à mal par les grandes places financières, de doper la compétitivité et soutenir la consommation intérieure tout en garantissant l’équité entre les citoyens. Dans un pays au patriotisme à fleur de peau et au fond de la gamelle politique, autant dire que la mayonnaise prend rapidement. “En octobre 2001, l’Université de Comahue, en Pantagonie, nous appelle pour qu’on fasse un petit discours sur notre projet. Jamais je n’oublierai cette réunion : une salle remplie par 450 personnes qui sont restées de deux heures de l’après-midi à sept heures du soir. Cinq heures á écouter des universitaires ! Je crois que les gens sont juste sortis pour aller aux toilettes,” raconte Abraham en riant.

328 pages et un projet politique

Rapidement, les discours et les congrès s’ajoutent aux réunions informelles du jeudi matin dans l’agenda du groupe Phénix. De son côté, l’Argentine continue de s’enfoncer dans une des pires crises de son histoire. En deux ans, les membres du groupe parcourent 250 villes du pays, vont jusqu’en Colombie et en Espagne. A chaque fois, ils rencontrent des amphithéâtres pleins à craquer. “ ‘Vous êtes sortis au bon moment avec le bon discours’ m’a lancé une personne alors que j’étais à Jujuy”, certifie le vieil Abraham. “Et avec la crédibilité de l’université au sein de la société, nos paroles se sont tout simplement transformée en vérité révélée.”

Les événements s’enchaînent, le Phénix perce le champ médiatique. Ses conférences sont couvertes par la presse nationale, ses membres publient des tribunes dans le journal Pagína 12 tandis que La Gaceta, la revue de la faculté d’économie de Buenos Aires, dédie plus de la moitié de ses articles aux propositions du groupe. Mais ce sont deux documents qui résument tous les travaux de la bande à Gak. Deux rapports publiés en 2001 et en 2002 dans le magazine Enoíkos, qui détaillent les diagnostics et les mesures des professeurs pour le futur économique de l’Argentine. 328 pages qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à un véritable programme politique. Celui de 2002 est remis à Roberto Lavagna en personne, alors ministre de l’Economie et future pierre angulaire du cabinet du président Nestor Kirchner, qui entame son premier mandat en 2003. “C’est bien simple, nous avons été la boîte à idées de ce gouvernement”, lance Abraham Gak en remuant son café.

Si cette affirmation, il est vrai un brin audacieuse, reste inaudible pour Guillermo Nielsen, ancien numéro deux de Lavagna – “les membres du Phénix croient qu’ils ont eu de l’influence, mais cette dernière a été très limitée. Ils étaient surtout présents dans les médias et utilisaient nos sujets d’actualité pour gagner de l’importance. Se sont des personnes avec une pensée très académique et engoncée dans les années 1960, sans liens avec le monde contemporain”-, les ressemblances entre la politique économique de l’ère Kirchner (aides sociales, restructuration de la dette souveraine, développement de pôles scientifiques, soutien aux filières de haute technologies, relance du programme nucléaire) et les projets du groupe Phénix sont frappantes. En Europe, Arnaud Montebourg ou Yanis Varoufakis défendaient des positions similaires au sein de leurs ministères respectifs. Il semblerait bien que Gak ait fait des émules de l’autre côté de l’Atlantique.

Des kibboutz dans la Pampa

Abraham Gak. Abraham Leonardo Gak. Le vieux bougre est né à Buenos Aires en 1929, la même année que le krach de Wall Street et de la Grande Dépression. Un signe du destin, c’est certain. A 14 ans, le petit Abraham colle des affiches du Parti socialiste dans les rues de la capitale argentine, revenant chez sa mère au milieu de la nuit. Une façon de faire sa crise d’adolescence tout en perpétuant l’engagement politique de ses parents, juifs lituaniens et ex-militants du Parti socialiste polonais. Rapidement, l’économie apparaît à Abraham comme le moyen le plus efficace pour réaliser ses rêves politiques, le plus efficace pour “améliorer la vie des humbles”. Après sa thèse, dont il ne se souvient pas du sujet et qui apparemment ne lui a servi à rien, il commence en 1954 une carrière d’expert-comptable et voit son quotidien se peupler de liquidations fiscales et autres réclamations des contribuables. Mais les liens entre ce spécialiste des systèmes d’imposition et l’Université de Buenos Aires ne se sont jamais vraiment rompus. En 1962, le voilà qu’il revient à la faculté d’économie pour organiser les filières académiques.

Une fois dans sa vie, Gak a eu l’occasion de mettre en pratique ses idées. C’était en 1973, pendant le second gouvernement de Perón, dans lequel Abraham était officiellement Directeur national des coopératives. Ce grand lecteur de John Maynard Keynes et de Maurice Dobb -un économiste anglais marxiste suspecté par le MI6 d’être un agent à la solde de Moscou-, a entre autre le projet passablement cintré d’installer des kibboutz dans la pampa. Mais l’inertie de l’administration et le coup d’Etat militaire mettent fin aux utopies collectivistes du Dr Gak, qui revient définitivement à la UBA en 1976.

L’économie à la sauce Gak

A l’inverse de ténors comme Aldo Ferrer ou Julio Oliviera, Abraham Gak n’a jamais été un génie théorique. Ou bien, pour parler comme Oscar Oszlak, spécialiste en sciences politiques du groupe Phénix, “Gak n’est pas un penseur original, il est fermement aligné sur l’hétérodoxie économique. Il adhère aux pensées qui accordent une place de premier plan au rôle central de l’Etat, aux hauts salaires des travailleurs, au soutien de l’économie par la consommation, au rôle fondamental de la science et de la technologie pour développer le pays et surtout, à l’équité distributive.” Et en effet, on serait bien en peine de trouver un peu de fantaisie intellectuelle dans les écrits de Gak. La quasi-totalité de ses éditoriaux dans Vox en el Fénix, la revue mensuelle du groupe qu’il dirige, s’évertue à dénoncer les ravages du néo-libéralisme et/ou à défendre les bienfaits de la solidarité. Le génie d’Abraham est à chercher d’un autre côté. Celui de la pédagogie. En 1984, c’est lui qui crée les filières post-licence de la UBA. En 1988, il est secrétaire académique de la faculté d’économie, avant de devenir celui de l’Université de Buenos Aires en 1990.

De 1993 à 2007, Abraham Gak est au commande de l’école supérieure de commerce Carlos Pellegrini, une des matrices de l’élite argentine. “Je crois bien que ce furent les années les plus heureuses de ma vie”, lâche le Gak dans un soupir, les yeux remplis d’étoiles. Pendant ces fameuses années, notre économiste hétérodoxe en profite pour imposer son style : réduction des heures de comptabilité, mise en place de cours de philosophie et de sociologie, initiation à la psychologie. L’économie à la sauce Gak, c’est transversal ou ça n’est pas. En parallèle, il se livre à une intense activité de directeur de revues, avec l’objectif d’assurer la diffusion du savoir économique. La Revista de Ciencias Económicas, Documentos, Voces, sont quelques uns des titres qu’il dirigera. “Toutes ces activités son liées à une conviction profonde : celle que la parole a le pouvoir de transformer le monde”, souffle Abraham en réajustant son siège.

Les bisounours ne sont pas de ce monde

“Une grande ténacité”, “une tolérance hors pair”, “un véritable constructeur d’institutions”, “une soif permanente d’apprendre”, “un être humain exceptionnel”. Les collègues et autres compagnons du groupe Phénix frisent la gakamania pour décrire la personnalité d’Abraham. Et il est vrai que le vieil économiste ne manque pas de qualités. C’est un homme ouvert, drôle, à l’esprit vif et affûté. Rompu aux épreuves de ce monde hostile qu’est l’enseignement supérieur, il est capable d’écouter avec attention les conférences et digressions complètement destructurées de certains de ses collègues universitaires à plus de neuf heures du soir, alors que le reste de l’assistance, quand elle ne joue pas à Candy Crush, est plongée dans un état de somnolence avancé. Et pour compléter ce tableau, notons qu’à plus de 80 printemps, Abraham Gak est aussi “défenseur du peuple” de sa bonne ville de Morón, dans la banlieue de Buenos Aires, où il vit depuis 23 ans avec sa seconde épouse. C’est un peu l’incarnation du voisin idéal, celui qui lance des pétitions pour interpeller le maire quand les poubelles restent trop longtemps dans la rue ou quand un arbre coupe la route. Mais enfin, pour vivre dans un monde où tout le monde est gentil et veut faire des bisous à Abraham Gak, on repassera. En décembre 2011, l’économiste, en conflit avec Ruben Hallu, le recteur de la UBA, a senti passer le vent du boulet. Si le conseil supérieur de l’université a finalement sauvé la tête de Gak, ce ne fut qu’à 11 voix contre 10. Et aujourd’hui, si ce genre de conflits semble derrière Abraham, ses théories économiques n’en restent pas moins contestées.

“-Bonjour, qu’est-ce que vous pensez du travail du groupe Phénix et d’Abraham Gak?
– Je vous remercie de me consulter, mais je préférerais ne pas exprimer d’opinion en on sur le travail du groupe Phénix ou d’Abraham Gak.
-Et en off?
-En une ligne, je n’ai pas une bonne opinion de son travail.
-Pourquoi?
-*Silence* ”

Fin de cette courte conversation électronique avec un analyste financier, qui à l’évidence, n’a pas tout à fait les mêmes conceptions économiques que le patron de l’“Aire des projets stratégiques” de la faculté d’économie de la UBA.

Le Phénix, entre mythe et histoire

Si Abraham peut sans problèmes être comparé à un patriarche -la barbe en moins-, il semble qu’il lui manque quelques qualités pour accéder à la sainteté. Comme tous les révolutionnaires -ou peut-être simplement comme tous les hommes au seuil de leur existence-, il a en effet la tendance à écrire l’histoire à son avantage. Nous n’avons pas le temps d’ouvrir la bouche pour lui poser une question qu’il commence à nous raconter les débuts du groupe Phénix sur le ton de l’épopée : “je vous raconte tout ça parce qu’il est important de noter que tout ne relève pas du marketing. Que parfois, il y a des moments pendant lesquels une société en crise, une société anxieuse, peut recevoir des idées nouvelles.”

Il semblerait qu’une des missions de Gak soit de protéger la réputation, les mythes qui entourent le groupe Phénix. Des mythes comme celui de la complète indépendance politique du groupe par exemple. “Il n’y a et n’a eu aucun lien entre le Phénix et le gouvernement. S’il y a eu des relations entre le pouvoir et certains membres du groupe, cela a relevé de décisions personnelles”, assure Abraham. Le problème avec cette affirmation, c’est que de nombreux économistes de premier plan du Phénix ont eu une fonction officielle au sein de l’administration argentine, du temps des Kirchner. Aldo Ferrer a été ambassadeur en France, Mercedes Marcó del Pont directrice de la Banque centrale, Alejandro Vanoli chef de la Commission nationale des valeurs (sorte de gendarme argentin des marchés financiers), Hector Valle directeur d’YPF (la compagnie pétrolière argentine) et José Sbatella directeur de l’Unité d’Information Financière (l’unité de surveillance des mouvements financiers suspects). En 2008, pendant la crise “del campo” qui opposa une partie des riches exploitants agricoles au gouvernement, cette proximité “personnelle” entre certains membres du Phénix et le pouvoir exécutif a été une des raisons du départ de Marcelo Lascano, expert du groupe sur les questions liées au commerce extérieur. S’il serait injuste de dire que le Phénix a été le bras armé des anciens gouvernements Kirchner dans le domaine universitaire -il a par exemple fortement critiqué l’augmentation sans contrôle de l’inflation et l’absence de données fiables délivrées par l’INDEC, l’INSEE argentin-, il n’en demeure pas moins qu’Abraham Gak semble souffrir de mémoire sélective lorsqu’il raconte l’histoire de son think-thank

Mais l’amnésie partielle n’est pas l’unique arme dont dispose le gardien du temple du Phénix. Lorsque nous demandons s’il existe des économistes ou des professeurs qui peuvent porter un regard critique sur les travaux du groupe Phénix, Abraham Gak déploie une stratégie en deux temps. Premier temps: disqualifier d’emblée l’adversaire. “Il existe bien d’autres groupes d’économistes, mais tous ont des liens avec des entreprises et défendent des intérêts privés au lieu de défendre celui du pays.” Second temps: donner, après un moment d’hésitation, une information qui débouche sur une impasse. “Si vous voulez, contactez Andrés López, le directeur du département d’économie. C’est un économiste orthodoxe.” Mais quand ledit Andrés López est contacté, il répond qu’il ne connaît pas assez Gak pour répondre. Bien joué Abraham!

Le testament d’Abraham

Que dire de plus sur le Docteur Gak? Le mieux est sans doute de lui laisser le dernier mot. Après tout, il s’agit de son portrait. “L’origine du groupe Phénix a seulement été mon idée de consacrer, en juin 2000, un numéro de la revue universitaire Enoikos aux problèmes que traversait alors l’économie argentine. Je pensais que les économistes de la faculté pouvaient donner un diagnostic. Je suis alors allé en parler à Julio Oliveira, le directeur des recherches économiques. Il m’a alors lancé: ‘Les diagnostics, ça suffit! Ce qu’il faut faire, c’est un plan!’. Et dans la foulée, il propose le nom de ce plan : le plan Phénix. Au début nous étions 12. Aujourd’hui nous sommes 43, le Phénix est un programme d’enseignement ouvert de la faculté d’économie et nous continuons à publier notre revue et des rapports. La raison de la formation de notre groupe, ça a été le patriotisme et la volonté de changer notre pays après l’épisode des politiques néo-libérales. Changer le pays, le transformer, c’est cela qui a été notre unique passion. L’économie doit être au service des hommes, au service de la politique. Et aujourd’hui, nos propositions se sont diffusées dans le discours public. Il n’y a qu’à voir les dernières élections présidentielles et législatives. Quelqu’un a-t-il dit que l’Etat ne doit pas intervenir dans la sphère économique et que nous ne devons pas lutter pour le plein emploi? Non, pas un candidat ne l’a dit. Les idées néo-libérales appartiennent au passé. Aujourd’hui, je suis un vieil homme, et le temps qu’il me reste à vivre, je dois l’utiliser pour défendre ces idéaux qui me paraissent justes.” Le Che n’aurait pas mieux dit. Hasta la victoria, siempre.

Simon Fontvieille.

Visita de Estado del presidente Hollande en Argentina

Articulos en castellano

Los 24 y 25 de febrero, el presidente Hollande estaba en  Argentina. Entre otros, una visita en el liceo francés de Buenos Aires y una recepción para la comunidad francesa de la capital argentina. Clarín estaba al lado del líder francés que quería comparar su viaje con lo de De Gaulle. Un reportaje mio publicado el 26 de febrero en el sitio del diario Clarín.

Pierre Rosanvallon à la recherche du bon gouvernement

Contributions au Trait d'Union

Invité le 2 décembre dernier par le Centre franco-argentin de la UBA et l’Alliance française, l’historien et politologue Pierre Rosanvallon (titulaire de la chaire d’histoire moderne et contemporaine du politique au Collége de France et directeur d’étude á l’EHESS) a livré sa vision du gouvernement démocratique à travers la présentation de son dernier ouvrage, « Le Bon gouvernement ». Une réflexion bienvenue en ces années électorales, tant pour la France que l’Argentine.

« Le gouvernement n’a pas été questionné par la démocratie ». Tout de go, Pierre Rosanvallon pose le problème, et il est de taille. Vivons-nous, nous qui sommes si fiers de nos droits de l’homme et de nos institutions, dans des régimes où la démocratie n’est qu’une façade ? Selon l’historien, si le pouvoir législatif peut se targuer de s’exercer démocratiquement, le pouvoir exécutif de peut pas en dire autant. En effet, les efforts intellectuels de la pensée démocratique se sont essentiellement portés sur le Parlement et la loi, « ce doux maître qui ordonne mais n’oppresse pas ». « Dans toute la littérature politique du XIXème siècle, seuls deux ouvrages traitent du gouvernement : un de Necker et un de Guizot », détaille Pierre Rosanvallon. C’est en effet bien maigre. Le problème devient d’autant plus important que depuis la Première Guerre Mondiale, et plus encore à partir de la deuxième moitié du XXème siècle, le pouvoir exécutif s’est imposé comme le maître de nos institutions. « Le mouvement de présidentialisation et de personnalisation du pouvoir s’explique par deux facteurs principaux : d’une part, la nécessité de prendre rapidement des décisions rapidement, de l’autre celle, d’imputer plus simplement la responsabilité politique. Si, avec le vote, la démocratie est bien présente dans le choix de nos gouvernements, elle ne l’est pas dans l’exercice du pouvoir.»

Parler vrai

Très bien, mais alors dans ce cas, comment faire passer le pouvoir exécutif sous le joug démocratique ? Pierre Rosanvallon a quelques idées. Primo, créer un « code de gouvernement » mettant l’accent sur la transparence et la responsabilité tout en le déclinant dans les institutions: garantie d’un droit d’accés aux informations publiques, peines d’indignité nationale ou d’inéligibilité dans les cas de corruption. Deuzio, développer les institutions de surveillance de l’action gouvernementale. Le Parlement bien-sûr, mais également des autorités indépendantes, la Cour des Comptes et les associations de citoyens. « Dans ce domaine, la création de la Haute autorité de contrôle de la transparence de la vie publique est un bon début », estime le politologue. Tercio, et il s’agit sans doute de la mesure la plus difficile, créer une culture politique du « parler vrai ». « L’idée n’est pas nouvelle, pendant la Révolution francaise, Condorcet avait rédiger un lexique politique démocratique afin l’employer toujours le mot juste. Sans aller jusque là, les organisations citoyennes et les médias doivent traquer le mensonge dans la vie publique. »

Etat d’urgence

Un ensemble de propositions qui s’inscrivent dans un monde politique en profonde mutation : les partis politiques traditionnels sont rejetés par une partie chaque jour plus grande des électeurs, des mouvements citoyens tels que Podemos, en Espagne, bousculent les jeux de pouvoirs tandis que le développement fulgurant d’Internet a conduit à une sorte de matérialisation de l’opinion publique. Mais il est plus que temps de se mettre au travail. « L’application de l’état d’urgence en France suite aux attentats du 13 novembre montre que le gouvernement est appelé à occuper une place plus forte avec les crises. Face à ce pouvoir plus fort, il faut un contrôle plus fort ». En Amérique du sud également le besoin de structurer l’exercice du pouvoir se fait sentir. « Dans notre continent, le présidentialisme est à la fois fort et faible », estime Enrique Peruzzotti, professeur de sciences politiques á l’université Torcuato Di Tella. « Fort dans les moments de crise, quand il s’agit de sauver la patrie, mais à mesure que l’état d’exception disparaít, ce pouvoir s’affaiblit ».

Alors, comment parvenir au « bon gouvernement » ? Au Moyen-Age, c’est la vertu qui était considérée comme la condition d’un pouvoir juste. Au fond, voici sans doute la solution.

Simon Fontvieille.

Un article publié le 11 décembre 2015 dans le Trait d’Union.

« La France est dans une guerre défensive »

Contributions au Trait d'Union
Suite aux attentats de Paris, ce sont la surprise, l’effroi, la colère qui nous ont saisi. Puis la volonté de comprendre, de mettre des mots précis sur ce que l’on appelle sans vraiment réfléchir « terrorisme » et « barbarie ». Qu’est-ce que Daech ? Qu’est-ce que l’islamisme ? Pourquoi avoir attaqué la France ? Le sujet est immense et loin d’être épuisé. Le Trait- d’Union a rencontré Khatchik Derghougassian, professeur de relations internationales au sein de l’Université de San Andrés et spécialiste du Moyen-Orient, pour apporter quelques éléments de réponses. Entretien.

Le Trait-d’Union : Les attentats de Paris ont été revendiqués par l’organisation de l’État Islamique, ou Daesh. Que sait-on exactement de son chef, Abou Bakr al-Baghdadi ?

Khatchik Derghougassian : Pour être honnête, pas grand-chose. C’est un personnage secret, beaucoup de mystère l’entoure. Ce que l’on sait, c’est que c’est un Irakien issu d’une famille musulmane dont les membres ont eu plusieurs responsabilités religieuses. On sait aussi que c’était un bon footballeur, on l’appelait le « Maradona irakien ». Il a soutenu une thèse de théologie à l’université islamique de Bagdad, construite par Saddham Hussein dans les années 1990 pour s’attacher les faveurs des islamistes et se maintenir au pouvoir. Suite à l’invasion américaine de 2003, al-Baghdadi rejoint la résistance, puis est emprisonné un temps par les GI’s en Irak. Mais il n’est pas jugé très dangereux et est libéré. Il entre alors de nouveau dans la résistance islamiste, aux côté d’Al-Qaida. Puis il rompt avec cette organisation pour fonder son propre mouvement, l’État Islamique. Son succès s’explique par ses qualités de leader et ses succès militaires. Si un chef montre qu’il peut gagner des batailles, alors les hommes viennent à lui.

TdU : « Islamofascisme », intégrisme islamique, barbarie. Beaucoup de mots sont utilisés en ce moment en France pour désigner l’idéologie de l’EI. De quoi s’agit-il exactement ?

K. D. : Le socle idéologique de l’EI, c’est le wahhabisme, c’est à dire une version rigoriste et littérale de l’islam. C’est un courant qui prend sa source dans la péninsule arabique au XVIIIème siècle, avec des penseurs comme Mohamed ben Abdelwahhab. Au XIIIème siècle déjà, le théologien Ibn Taymiyya animait des écoles très dures en justifiant le djihad contre les chrétiens, alors qualifiés d’infidèles. Ce qui caractérise le wahhabisme, c’est son obsession pour l’islam des origines, celui du prophète Mahomet et de ses compagnons au VIIème siècle. De ce point de vue, il n’y a aucune différence idéologique entre l’EI, Al-Qaida et l’Arabie Saoudite, qui est le lieu de naissance et un fervent soutien du wahhabisme.

TdU : Peut-on qualifier l’idéologie de l’EI de nouveau totalitarisme ?

K. D. : Je ne pense pas, totalitarisme et fascisme sont des notions trop liées à la modernité. La clef pour comprendre le régime politique défendu par l’EI, mais également par Al-Qaida et l’Arabie Saoudite, c’est la théocratie. C’est un pouvoir de droit divin, extrêmement dur, autoritaire. La démocratie n’existe pas. Il faut obéir directement à ce que dit Dieu. Ce qui différencie l’Arabie Saoudite des groupes islamistes, c’est le niveau de violence de ces derniers. S’il est possible de vivre sous la théocratie saoudienne, il en va autrement dans les zones contrôlées par l’EI. Enfin, ce qui différencie l’EI des autres, c’est la proclamation du Califat. Ni Al-Qaida ni l’Arabie Saoudite n’ont proclamé le Califat. L’EI, si.

TdU : Qu’est-ce qu’est le Califat ?

K. D. : C’est l’institution politique de l’islam qui a succédé à Mahomet. Ce n’est pas un État au sens moderne du terme, c’est-à-dire une autorité regroupant une population sur un territoire, mais l’institution politique de la Oumma, de la communauté musulmane dans son ensemble. A ce titre, le Califat n’a pas de limites, il s’étend aussi loin qu’il y a des musulmans et tant que les autres ne lui imposent pas des frontières. Au cours de l’histoire, différentes dynasties ont incarné le Califat : les Omeyyades, les Abbassides, les Seldjoukides, puis les Ottomans. Mais en 1924 Mustapha Kémal abolit le Califat. Ce fut un choc pour les penseurs musulmans qui militaient contre les idées séculaires des Lumières, contre le mouvement de renaissance qu’il y avait dans le monde arabe et bien-sûr contre la création des États-nations par les puissances coloniales. Depuis ce temps-là, la restauration du Califat a été un but des organisations islamiques, parfois non déclaré. Et comme il n’y a aucune règle, aucun protocole pour dire comment on proclame le Califat, ça se fait par les armes. Si Al-Qaida ne l’a pas déclaré, c’est parce qu’il n’avait pas une base territoriale suffisante pour le faire. L’EI, en prenant le nord de l’Irak et l’est de la Syrie, a résolu ce problème et s’est senti assez fort pour proclamer le Califat. Le but est double : dire aux musulmans qu’ils doivent le suivre sous peine de trahir l’islam et affirmer sa supériorité vis-à-vis des autres groupes islamistes, en particulier Al-Qaida. Et ça a en partie marché, vous avez aujourd’hui des organisations en Afrique ou dans le Sinaï qui se réclament de l’EI.

TdU : Peut-on dire que l’EI a été enfanté par les interventions occidentales au Moyen-Orient?

K. D. : Non, c’est un projet qui a sa raison d’être. Bien-sûr, sans les interventions américaines, en particulier l’invasion de l’Irak de 2003, sans Bachar el-Assad, sans les régimes autoritaires du Moyen-Orient, sans les colonialismes français et anglais, on n’aurait pas eu ce que l’on a aujourd’hui. Mais prétendre que le projet de Califat n’aurait pas existé sans l’intervention des Occidentaux, c’est la moitié de la vérité.

TdU : Quelle est la source de ce projet dans ce cas ?

K. D. : Pour moi l’origine de cette « utopie » poursuivie par l’EI, c’est le processus de déclin du dernier Califat, celui de l’Empire Ottoman. Il n’a su que faire des idées de la modernité occidentale, comme l’égalité civile, la propriété privée ou la rationalité scientifique. Au XVIème siècle, avec la Renaissance et l’expansion du capitalisme, l’Europe inverse le rapport de force avec la Sublime Porte. L’Occident invente la modernité et déplace le rôle de la religion en sécularisant la politique. L’expression de ce processus, c’est la paix de Westphalie de 1648, qui met fin à la Guerre de Trente Ans et fait reposer l’autorité sur les États et les Princes. Ce processus n’a pas eu lieu dans le monde musulman, peut-être à cause du manque de hiérarchie religieuse dans l’islam sunnite comparable à l’Église catholique ou bien à l’absence de lois sur la propriété privée. Toujours est-il que l’Empire ottoman s’est effondré et le Califat des premiers temps de l’islam est apparu pour certains comme un idéal, un âge d’or.

TdU : Revenons à l’EI. Quelle est sa puissance matérielle ?

K. D. : Quand on parle de l’EI, on parle d’environ 30 000 – 40 000 hommes répartis sur des zones très riches en pétrole, le nord de l’Irak et l’est de la Syrie. Les combattants sont majoritairement des Irakiens et des Syriens tandis que l’encadrement est assuré par des anciens officiers de Saddam Hussein rejetés par les Américains et les nouvelles autorités chiites de l’Irak. L’islamisme d’Al-Qaida puis de l’EI est devenu pour eux le meilleur moyen d’exercer leur métier et d’exprimer leur rancœur, en même temps qu’il incarnait l’ultime résistance face aux États-Unis. En ce qui concerne les armes, ce n’est pas vraiment un problème de s’en procurer dans cette région. Avant d’être renversé, Saddam Hussein a vidé ses arsenaux et a armé la population, et les zones de guerres civiles sont toujours des marchés intéressants pour les trafiquants d’armes en tout genre. L’EI possède également des blindés et des missiles anti-chars américains. Les premiers, il les a pris à l’armée irakienne qui a fui sans combattre et en laissant tout son matériel derrière elle. Les seconds, ce sont les rebelles syriens « modérés » armés et entraînés par les États-Unis qui les lui ont donnés en se rendant. Après il y a des mystères que l’on a du mal à expliquer. Par exemple, comment se fait-il que l’EI possède des 4×4 Toyota flambants neufs ?

TdU : La façon dont l’EI se finance fait partie de ces mystères ?

K. D. : Pas vraiment. L’essentiel des financements de l’EI se fait par la vente du pétrole de contrebande. Tout le nord de l’Irak est plein d’hydrocarbures, et les islamistes de l’EI ont occupé Mossoul, la deuxième ville irakienne, qui est un des centres pétroliers du pays. Et ce pétrole, comme les approvisionnements en combattants et en armes, passe par la Turquie. La frontière turque est l’unique lien entre l’EI et le reste du monde. Et vous aurez toujours des acheteurs pour ce pétrole, étant donné qu’il est de contrebande, il est beaucoup moins cher que celui acheté sur les marchés internationaux.

TdU : Pourtant la Turquie assure combattre l’EI…

K. D. : La Turquie joue un double jeu dans cette histoire. Et pas seulement la Turquie, mais également l’Arabie Saoudite. La Turquie a facilité l’approvisionnement de l’EI. Les armes et les hommes de l’EI passent par la Turquie, et le pétrole de l’EI sort par ce pays. Du côté du financement, il y a le pétrole bien-sûr, mais également de l’argent venant d’Arabie Saoudite. Peut-être pas directement des autorités publiques, mais il y a beaucoup de sympathisants de l’EI en Arabie Saoudite et dans d’autres monarchies du Golfe. Des sympathisants qui voient dans la cause du Califat une cause de l’islam sunnite. Cela ne signifie pas que l’EI est une création de la Turquie et de l’Arabie Saoudite. Comme je le disais, c’est un phénomène en soi. Mais son développement a été facilité par ces deux pays.

TdU : Pourquoi ?

K. D. : D’abord parce qu’il y a une affiliation idéologique entre l’EI et le wahhabisme saoudien. Et surtout parce que ce groupe islamiste a une utilité fonctionnelle : il bloque l’expansion de l’Iran et coupe en deux le » croissant chiite » qui va de l’Iran au Hezbollah libanais en passant par l’Irak et la Syrie et qui est perçu comme une menace par les pays sunnites.

TdU : Nous sommes donc dans une guerre de religion si on vous suit bien…

K. D. : Bien-sûr ! La guerre au Moyen-Orient aujourd’hui, c’est une guerre religieuse au sein de l’islam entre les sunnites et les chiites. Qui sait, c’est peut-être la dernière guerre de sécularisation de l’histoire.

TdU : Est-il judicieux pour les pays occidentaux, Etats-Unis et France en tête, de s’allier avec les pays sunnites pour lutter contre l’EI ?

K. D. : C’est un dilemme. L’idéologie de l’EI vient de l’Arabie saoudite, mais les États-Unis veulent combattre à la fois Daesh et le régime de Bachar el-Assad. Et pour cela, ils ont besoin des Saoudiens. Sans compter que depuis l’accord nucléaire avec l’Iran, ils veulent montrer à leur allié sunnite qu’il ne s’agit pas de donner une sphère d’influence à la puissance chiite. Donc ils ne mettent pas la pression sur l’Arabie Saoudite. Et puis surtout ils vendent des armes à tous les pays du Golfe, les intérêts financiers sont énormes. On peut dire la même chose de la France. Elle a enfin réussi à exporter ses avions de chasse Rafale en les vendant à l’Égypte. Et qui a payé ? Les Saoudiens.

TdU : Dans ce cas, pourquoi l’EI a-t-il attaqué la France et pas un autre pays occidental ?

K. D. : Parce que de tous les pays occidentaux, je crois que la France est le symbole de tout ce que l’EI déteste. La laïcité, la liberté de penser, le républicanisme, la solidarité nationale. Mais ce n’est pas l’unique raison. L’EI veut recruter des djihadistes parmi les citoyens français musulmans. Pour un ensemble de raisons, une partie des musulmans de France sont mal intégrés dans la société et plus enclins à la radicalisation que dans d’autres pays d’Europe. La France est le pays européen d’où est parti le plus gros contingent de combattants étrangers pour la Syrie. Quelle est la stratégie de l’EI avec les attentats de Paris ? Monter les Français musulmans et non-musulmans les uns contre les autres, favoriser une percée de l’extrême-droite pour que les citoyens musulmans se sentent opprimés par le reste du pays et se jettent dans les bras de l’islamisme.

TdU : Il n’est donc pas exagéré de dire que la France est désormais en guerre ?

K. D. : Non, ce n’est pas exagéré. La France se retrouve dans une guerre défensive, dans une guerre imposée. Je ne pense pas que les attentats de Paris aient été une réplique aux attaques françaises sur les positions de l’EI. Les attentats de Daesh en Tunise, à Beyrouth puis en France s’inscrivent dans la logique d’expansion de son califat wahhabite. On peut se dire que l’Irak c’est loin, et que l’EI n’a que 40 000 hommes. Mais s’il a des succès militaires au Moyen-Orient, jusqu’où ira-t-il ensuite ?

TdU : La France est en guerre contre l’EI ou contre le terrorisme ?

K. D. : La « guerre contre le terrorisme », ça ne veut absolument rien dire. C’est une copie du concept inventé par l’administration Bush après les attentats du 11 septembre 2001 et qui a conduit a une militarisation des relations internationales. On ne fait pas la guerre contre le terrorisme, contre une tactique de violence politique. On fait la guerre contre une organisation, une cible bien définie. En l’occurrence l’EI.

TdU : En adoptant une posture de « ni-ni » entre Bachar et l’EI, la France a-t-elle perdu du temps dans cette guerre ?

K. D. : Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas de stratégie de « ni-ni » qui tienne la route. Il faut être clair avec ses priorités. Le régime de Bachar est un problème, mais ce n’est pas LE problème. La question est donc « on combat qui avec qui ? ». Et la triste vérité, c’est qu’il n’y a pas une résistance armée laïque, séculaire contre Bachar el-Assad. L’intransigeance contre Bachar, comme l’intransigeance contre les régimes autoritaires, vient après la reconstruction d’un État, quand il y a une stabilité. Il ne s’agit donc pas de s’allier avec Bachar, mais de le forcer à venir négocier le futur de la Syrie avec les autres forces politiques du pays, sans poser de conditions à sa venue. Il n’y a pas d’autres façons d’en finir avec l’EI. Mais ici, ce sont les Russes qui ont les clefs de la solution.

TdU : Cette attaque a permis la formation d’une grande coalition contre l’EI, regroupant la France, les USA, la Russie, les Kurdes, et même les Anonymous. Est-ce le début de la fin de l’EI ?

K. D. : « Inch’ Allah », comme on dit en arabe ! S’il y a une coordination militaire, une décision politique pour mettre fin à l’EI, c’est un premier pas. L’autre bien-sûr, c’est un succès des pourparlers entre le régime de Bachar el-Assad et une opposition crédible pour trouver une solution politique à la guerre civile syrienne. Mais même avec ça, on ne viendra pas à bout de l’islamisme. La fin de l’EI serait un coup très dur porté à cette idéologie, mais avec la situation géopolitique actuelle du Moyen-Orient, on peut imaginer une renaissance de l’EI avec un autre nom, une autre forme, un autre leader. La bataille la plus importante, c’est la bataille des idées au sein de la communauté musulmane, pour en finir avec cette vieille idée de Califat et de puissance islamiste. L’EI est la négation de l’humanisme et est une menace pour l’islam. Il est en train de travestir de façon abominable ce qui fut une grande civilisation et ce qui est une grande religion.

TdU : La menace islamique existe-t-elle en Argentine ?

K. D. : La réponse immédiate est non. Nous sommes trop loin et il n’y a pas de radicalisation de la communauté musulmane en Argentine. Au contraire, c’est presque un exemple de vivre ensemble avec les juifs et les chrétiens. Mais la pratique du terrorisme, c’est de frapper pour créer un choc. Et, en théorie du moins, le « Califat » de l’EI pense que son expansion n’a pas de limites, alors il faut faire attention. Ne pas créer de la panique, ne pas politiser des menaces hypothétiques, comme les rumeurs d’attentats qu’il y a eu il y a quelques semaines sur le centre commercial d’Abasto, mais il faut être sur ses gardes et savoir ce qu’il se passe dans le monde. Et en général, en Argentine on regarde beaucoup l’Argentine.

TdU : Le pacte Argentine-Iran pourrait-il être un motif d’attaque islamiste en Argentine, l’Iran chiite étant l’ennemi juré de l’islamisme salafiste ?

K. D. : Est-ce que les terroristes de l’EI savent ce qu’est le pacte entre l’Argentine et l’Iran ? Non, ils s’en foutent complètement ! De toute façon s’il y avait une menace des islamistes liée à cette relation entre l’Iran et les Etats latino-américains, la première cible ne serait pas l’Argentine mais le Venezuela, qui a été le moteur dans l’établissement de ces relations. Le mémorandum Argentine-Iran est une question de l’agenda argentin, pas international.

Propos recueillis par Simon Fontvieille.

Un article publié dans le Trait d’Union le 25 novembre 2015.

Debate presidencial Mauricio Macri vs Daniel Scioli

Articulos en castellano

El 15 de noviembre de 2015, habia el primer debate presidencial de balotaje de la Republica de Argentina. Fuimos a chequear las propuestas de los candidatos Mauricio Macri y Daniel Scioli con la redacción del sitio Chequeado. Mi chequeo con Sol Amaya y Augustina Dergarabedian sobre una frase de Daniel Scioli y la construcción de Comisarías de la Mujer.

Changer d’échelle pour élargir l’intelligence

Contributions au Trait d'Union
Présentation-débat de l’ouvrage de Jacques Revel Jeux d’échelles, la micro-analyse à  l’expérience, récemment traduit en espagnol.

20 ans. Enfin, 19. C’est le temps qu’il a fallu pour que l’ouvrage “Jeux d’échelles, la micro-analyse à l’expérience” se fraye un chemin dans le labyrinthe du monde éditorial et ait une traduction espagnole. Ce livre ne vous dit sans doute rien, et c’est normal. Il est pourtant d’une importance capitale. Issu d’un séminaire dirigé par l’historien Jacques Revel s’étant déroulé en 1996 à l’EHESS, l’ouvrage a fortement contribué à introduire en France le courant italien de la micro-histoire, né deux décennies auparavant. Rassemblant les contributions d’une dizaine de chercheurs venant d’horizons aussi différents que l’histoire, la sociologie, la philosophie et l’anthropologie, il propose une pluralité de points de vue venant remettre en cause la structure du monde intellectuel hexagonal des années 90.

En effet, les sciences sociales françaises sont dominées à cette époque par l’approche sociologique, qui privilégie l’analyse des “macro-évenements” à l’aide d’éléments quantifiables et de séries statistiques. La micro-histoire, elle, aborde le passé à travers l’individualité, qu’il s’agisse de la vie d’une personne, d’une ville ou d’un village. “Cette façon de faire de l’histoire est née de la richesse des archives italiennes et de l’absence de recherche scientifique structurée. Partir de cas concrets a été une manière de pallier ce manque de structure, à un moment où le vieux modèle quantitatif français arrivait à bout de souffle”, détaille Jacques Revel.

Feuilleté

Invité le 29 octobre dernier par le Centre franco-argentin de la UBA, l’historien de l’Ecole des Hautes Etudes vient présenter la nouvelle version en castillan de “Jeux d’échelles”, qui est devenu “Juegas de escalas, experiencias de microanálisis”. Il est accompagné de Fernando Devoto et d’Alexandre Roig, tous deux professeurs à l’UNSAM, l’université nationale San Martín. Et pour cause, c’est elle qui édite la première version espagnole du séminaire de 1996. “Si j’ai tenu à faire traduire ce livre, c’est parce que je pense que les différences d’approches historiques italiennes et françaises seront utiles aux chercheurs argentins”, lance Fernando Devoto.

“L’apport principal de ‘Jeux d’échelle’, c’est justement d’explorer les différents champs de connaissance en changeant d’échelle, de plan”, estime pour sa part Alexandre Roig. “En se fondant sur l’expérience, la micro-histoire a injecté de la complexité dans les sciences sociales, elle nous amène à revoir la pertinence de catégories qui obscurcissent l’intelligence”, continue-t-il. “Mais attention, la micro-histoire, même si elle reste importante aux Etats-Unis, a ses limites”, prévient Jacques Revel. “Il y a des évènements qu’il convient d’analyser dans leur globalité. Le principal apport de la micro-histoire, c’est de montrer que l’on a affaire à une réalité ‘feuilletée’”. C’est donc ce feuilleté que les hispanophones vont maintenant pouvoir apprécier. “Il y avait bien des versions pirates de mes textes qui circulaient -j’en ai croisé un une fois dans la pampa-, mais c’est sûr qu’une traduction de ce genre, cela fait toujours plaisir”, termine Jacques Revel dans un sourire.

Simon Fontvieille

Un article publié dans le Trait d’Union le 9 novembre 2015.

 

L’écologie, politique par essence

Contributions au Trait d'Union
Les 2 et 3 novembre s’est tenue la rencontre internationale “Ecologías políticas, desde los territorios”, organisée par le Centre franco-argentin, la Université de Buenos Aires et l’Université nationale de San Martín. Parmi les thèmes abordés le 2 novembre á la faculté des Sciences Sociales de la UBA, celui des conflits sociaux lié á l’environnement.

De l’écologie, nous ne voyons que trop souvent l’aspect environnemental. Le trou de la couche d’ozone, les sacs plastiques dans les océans et les forêts rasées. C’est terrible, mais ce n’est qu’un aspect du problème écologique. Car une partie substantielle relève de la politique. C’est en tout cas la thèse qu’ont défendu les intervenants de la conférence Conflits socio-environnementaux, droits et extractivisme. Sur le banc des accusés : le modèle et la logique d’extraction liés au capitalisme. Parmi les invités, Gabriela Merlinsky, spécialiste des conflits environnementaux à la Faculté des Sciences sociales de la UBA, relève ainsi que “depuis quelques années, les projets miniers ont été multiplié par sept en Argentine, tandis que la superficie agricole consacrée au soja à des fins d’exportation a doublé. Tout cela entraîne des conflits pour l’accès á l’eau, à la terre et à l’énergie”.

Des conflits comme celui qui oppose l’entreprise Aguas Argentinas au Forum régional de défense du Rio de la Plata, une association d’habitants qui lutte contre la pollution du fleuve. “Nous nous avons créé cette association en 2000 pour protester contre le rejet des eaux usées sans traitement dans le fleuve”, déclare Nieves Baldaccini, membre du Forum. A cela s’ajoute aujourd’hui la bataille contre les entreprises immobilières qui veulent construire des immeubles dans des zones protégées ou inondables.

Utopies perdues

Dans ce jugement, le droit semble le moyen tout indiqué pour châtier ce modèle de développement. L’article 41 de la Constitution argentine garantit ainsi le droit à “un environnement sain”. Yann Kerbrat, professeur de droit á l’université Paris-I, met en avant les avancées du droit international en matière d’environnement : Déclaration de Stockholm en 1972 puis de Rio en 1992, jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme ou encore convention d’Aarhus de 1998 qui garantit l’information et la participation des citoyens aux projets portant atteinte à l’environnement. Sans parler des instances internationales qui peuvent sanctionner les pays qui manquent à leurs devoirs. “Le Nigeria a par exemple été condamné par la Commission africaine des droits de l’Homme à nettoyer toutes les terres polluées par des entreprises multinationales, comme Shell, pour ne pas avoir pris des mesures de protection de l’environnement suffisantes”, s’enthousiasme Yann Kerbrat. “Et il a nettoyé ?”, demande une personne dans l’assistance. Réponse : non.

Alors que faire ? L’économiste Gérard Duménil, économiste au CNRS, a peut-être la réponse. “Depuis l’échec du socialisme, nous sommes dans une crise de l’utopie. On ne croit plus dans la possibilité de créer un monde meilleur. Mais nous ne sortirons pas de la crise écologique sans sortir de la crise de l’utopie. Il faut des idées nouvelles, reprendre la logique de lutte qui a marqué les deux siècle précédents et amorcer un changement radical de l’humanité. Pendant la Révolution française, il y a des gens comme Babeuf ou Robert Francois Debon qui se sont battus pour défendre un idéal.” Bon, ils ont fini à la guillotine. Des volontaires ?

Simon Fontvieille

Un article publié sur le compte Facebook du Trait d’Union le 9 novembre 2015.

Têtes de champions

Mondial de rugby 2015, côté bar

Six matchs, six lieux et douze équipes se sont succédés lors de cette série de reportages réalisée dans les bars de Buenos Aires pour le Trait d’Union. Petit tour d’horizon des personnes rencontrées, de leurs réactions, de leurs joies et de leurs déceptions qu’a provoqué cette édition 2015 du Mondial de rugby.

 

#6 : Avec des Argentins fans de rugby au Valerio

Mondial de rugby 2015, côté bar

Nouvelle-Zélande vs Australie. Ce sera donc l’affiche de cette finale de la Coupe du Monde de rugby version 2015. Et c’est au Valerio que nous regardons cet ultime combat sportif. A l’angle des rues Lavalle et Esmeralda, il est à lui seul un résumé de l’Argentine : jambons crus qui pendent au plafond à la mode espagnole, bocaux d’olives et paquets de pâtes empilés sur des étagères contre les murs qui fleurent bon l’Italie et chemise blanche impeccable des serveurs qui n’a rien à envier à celle des “garçons” des bistrots de Paris. Les hymnes retentissent une dernière fois dans la cathédrale de Twickenham. Au comptoir, Juan Manuel, le patron du bar, trépigne d’impatience. Il a un peu joué au rugby dans sa jeunesse, quand il était dans l’armée argentine. Si les militaires, ça appartient désormais à l’histoire ancienne, la passion du rugby, elle, est restée.

Les martyrs du ballon ovale

Samedi 31 octobre, il est 13h à Buenos Aires. C’est parti. Les All Blacks entament très fort en mettant la pression sur les lignes australiennes. Les percées dangereuses succèdent aux mêlées furieuses et aux plaquages sans pitié. La Nouvelle-Zélande s’est promis de rentrer à la maison avec un nouveau titre mondial, les Australiens sont avertis. A la 8ème minute, les All Blacks concrétisent cette promesse en marquant leur première pénalité. Grâce au coup de pied de Carter, les voilà qui mènent 3 à 0. L’Australie souffre le martyre, et encore le mot est faible. Les Blacks sont à plus de 80% de possession de balles. Nos pauvres Wallabies bredouillent. Mais ils ont encore assez de force et d’agilité pour marquer à leur tour une pénalité. A la 14ème, Folley envoie la balle entre les poteaux et ramène son équipe dans la course. 3-3. Le jeu reprend, il est plus équilibré. Il semblerait que nos Australiens aient retrouvé leurs esprits.

Les Blacks ont deux nouvelles pénalités, qu’ils jouent et qu’ils ratent. Les Australiens récupèrent bon nombre de ballons au sol et les plaquages de Kepu sur les Blacks sont sifflés. Trop haut, trop tard, trop brutaux. Les Wallabies bousculent les dieux du rugby. Mais à la 27ème, Carter marque une nouvelle pénalité. 6-3, il en faut plus pour effrayer les Kiwis. A la 35ème, Carter remet le couvert : 9-3. L’Australie a la tête sous l’eau. A la 37ème, les Wallabies quittent l’élément aquatique pour se faire clouer au pilori. Les Blacks mettent en branle le jeu collectif qui fait leur force. Passes rapides, accélération. Ils semblent sautiller, virevolter entre les défenseurs australiens, qui ne font guère plus que de la figuration. McCaw, Kepu, Milner-Skudder. La Sainte Trinité néo-zélandaise s’est une fois de plus manifestée, et cette apparition c’est traduite par un superbe essai dans le coin de la ligne australienne. 14-3. Transformation. 16-3.

“Qui mène ?”, demande Jorge, un serveur. “La Nouvelle-Zélande, 16 à 3””Rha ! Bon je ne regarde pas, je vais me déconcentrer sinon”. La première mi-temps se termine, il est temps pour l’Australie de panser ses plaies. Les All Blacks ne font pas de cadeaux.

Raviolis et tomates-mozza

Alors que l’Australie se masse les tempes en se demandant ce qui lui arrive, Mirta et Adriana se mettent à table. Nos deux mamies sont des sportives dans l’âme. D’ailleurs, elles se sont rencontrées à l’occasion d’un tournoi de tennis. “Je soutiens à fond l’Australie, lance Adriana. Je suis de Tucuman, le rugby fait partie de ma culture et l’Australie a toujours été la référence. Régulièrement, la sélection tucumane fait des voyages dans ce pays pour échanger sur les pratiques sportives.” “Moi aussi je suis pour les Wallabies. Les All Blacks sont premiers depuis longtemps, ce serait bien qu’ils perdent”, ajoute Mirta dans un sourire. Espérons que ces encouragements arriveront jusqu’aux oreilles des Australiens. La partie reprend. Un peu avant, on a vu le coach des Wallabies passer un savon à ses hommes -ou du moins tenir un discours musclé-. Adriana et Mirta commencent à déjeuner. Tomates-mozzarella pour la première, raviolis pour la seconde. Pour McCaw et ses disciples, c’est sauté de kangourou.

A peine entrent-ils sur le terrain qu’ils embrochent les Australiens. Nonu prend la balle et pique sur l’intérieur, dans une trouée du dispositif wallabie. Il prend de vitesse les défenseurs australiens, passe Beale et Mitchell et aplatit derrière la ligne. C’est magnifique, le stade explose. Mirta verse un paquet de parmesan sur ses pâtes. Carter louche et manque la transformation, 21-3. Première fausse note dans la partition des Blacks. L’Australie est acculée, les Blacks sont à 69% de possession de balle si l’on en croit les statistiques de ESPN. Les Wallabies trouvent une faille et s’y engouffrent, mais sont arrêtés par McCaw. Les All Blacks corrigent ce début de rébellion en enfonçant le pack adverse. Un ravioli est suspendu au bout de la fourchette de Mirta, immobile devant l’écran.

La révolution n’aura pas lieu

La rébellion australienne semble pourtant bien réelle. Pas question de terminer en barbecue. Le XV de l’île-continent lance une charge digne de Gallipoli, et parvient aux portes du camp néo-zélandais. Alors qu’il est à deux doigt de marquer un essai Mitchell est soulevé par une jambe par Ben Smith et retombe sur la tête. Carton jaune pour le néo-zélandais. Quelques minutes plus tard, les Australiens disloquent la défense des All Blacks et Pocock aplatit à la 52ème. L’essai est transformé par Folley, le score est de 21-10 pour la Nouvelle-Zélande. Mirta ajoute un second paquet de parmesan dans ses raviolis.

Les Wallabies fournissent un immense travail physique et ne lâchent pas l’affaire. Les All Blacks font tout pour reprendre la balle et réinstaurer la suprématie de leur jeu de passes, mais les Australiens sont retors et les neutralisent à coup de tampons. La consigne semble claire : tout faire pour éviter de prendre un nouvel essai dans les gencives. A la 62ème pourtant, l’essai black ne passe pas loin. Cette fois, c’est à Adriana de s’immobiliser. L’huile d’olive perle au bout de la tomate-mozza, dont la course s’est arrêtée à 20 centimètres de la bouche de notre aficionada de Tucumán. A la 63ème, les Australiens répondent à la tentative des All Blacks en marquant leur deuxième essai. “Si !”, s’écrient Adriana et la tomate-mozza. L’action est superbe : coup de pied de Genia, récupération de Ashley-Cooper et passe à Kuridrani qui aplatit. Les supporters australiens sont fous de joie. A la 65ème Folley transforme et ramène l’Australie à 4 points des Blacks : 17-21.

La Fortune au service de la Victoire

Les Wallabies peuvent renverser la vapeur et changer le cours du match. Les Blacks l’ont bien compris et jouent dur. Chaque ballon est âprement disputé, on cherche l’essai pour s’imposer. Il ne reste que 10 grosses minutes à jouer. Mais les Australiens sont intraitables, le doux fumet de la victoire est parvenu jusqu’à eux. Carter se charge de l’éloigner en propulsant le ballon entre les poteaux wallabies. Drop, 24-17 pour les Blacks. A la 73ème, il met fin aux rêves de grandeur des Australiens en marquant une pénalité. 27-17. Les Wallabies font tapis et misent tout sur une dernière offensive. La Nouvelle-Zélande souffre, l’essai est proche.

Mais non. La Fortune se charge de corriger ceci. Les Australiens perdent le ballon, les Blacks le récupèrent et Beauden Barrett file en contre dans le camp adverse. Les All Black marquent leur dernier essai à la 79ème, les Australiens sont KO. Le magnifique Carter transforme comme il se doit cette action fantastique et propulse la Nouvelle-Zélande sur le toit du monde. 34-17, le match est terminé. “Ooooohhhh”, lâchent nos mamies. A Twickenham, feux d’artifices et confettis sont au rendez-vous pour célébrer la victoire éclatante des Blacks. Le temple du rugby rend son culte à ses dieux, avec le prince Harry, qui distribue médailles et poignées de mains, dans le rôle de grand prêtre. McCaw et son équipe soulèvent la Coupe William Webb Ellis pour la troisième fois consécutive, avant de gratifier la foule d’un dernier haka. “Les Blacks sont les meilleurs, ils sont imbattables”, souffle Juan Manuel. On peine à répliquer et à deviner quelles seront les nouvelles idoles du rugby. En 2019, les Néo-Zélandais défendront leur titre au Japon. Et soyez sûrs qu’ils se battront avec fougue. Les dieux sont jaloux de leur puissance.

Simon Fontvieille.

Un article publié sur le compte Facebook du Trait d’Union le 6 novembre 2015.